À 38 ans, Temehara Tehaapapa pousse la porte du Centre des métiers d’art. Cinq ans plus tard, la voici enseignante en gravure, guidée par sa passion du beau, de la culture polynésienne, et surtout par son envie de transmettre.
« Vous savez, il ne faut pas croire que c’était inné ». C’est ce que Temehara Tehaapapa dit à ses élèves de 2e année de gravure pendant ses cours. En 2021 seulement, elle-même faisait ses premiers pas en gravure sur ces mêmes bancs.
Temehara grandit dans un milieu sensible à l’art. Son père est dessinateur, musicien et même danseur, sa mère peint à l’huile et compose des bouquets. Chez ses parents, elle ne regarde pas la télévision, elle lit et surtout elle découvre, elle s’imprègne. « On était des vases, on se remplissait ». Le week-end, enfant, elle dessine les bouquets de sa mère. « J’avais une passion pour tout ce qui était beau ».
Après son bac, elle est admise dans deux écoles d’art, à Bordeaux et à Toulouse, mais en raison du coût des études en métropole, elle ne peut y aller. Elle suit alors un cursus en droit à l’UPF, puis se lance ensuite dans le monde du travail, sur les chantiers, sur les yachts, et travaille pendant plus de dix ans dans une imprimerie.
C’est lors de la crise du Covid que Temehara retrouve les toiles et les pinceaux de sa mère. « Ça m’a plu, et je me suis mise à peindre ».Pendant un an, elle peint sur tout son temps libre. Des amis qui connaissent des enseignants du CMA l’encouragent à tenter le concours en 2021. Elle le passe et le réussit.
Tentée d’abord par la sculpture, elle se voit proposer la gravure, faute de place. Elle accepte volontiers et ne le regrettera jamais. « Ça a été un déclic pour moi. » Dès les premiers cours, elle accroche. « Le dessin, la peinture, c’est du 2D. Alors que là, avec la gravure, on peut jouer, faire révéler les choses ». Pendant les deux ans du BPMA, elle apprend à travailler la nacre, la pierre, l’os et même les coquillages, au fil des projets confiés par les enseignants. Elle se passionne également pour les cours de culture polynésienne.
Diplômée en 2023, Temehara installe alors un atelier chez elle et se lance dans la réalisation de ses propres bijoux. « Je me suis éclatée ».En parallèle, elle continue de peindre et participe chaque année à des expositions de peinture. Chez elle, elle anime aussi ses premiers ateliers privés, un avant-goût de l’enseignement.
Car cette envie de transmettre, Temehara y pense depuis son examen d’entrée au CMA. « C’était mon souhait de partager, transmettre ». En 2025, elle effectue un remplacement au CMA, puis à la rentrée 2026, elle décroche un poste d’enseignante en gravure au CMA, un lieu qu’elle retrouve avec plaisir : « J’aime cette ambiance de créativité. »
Pour son premier exercice, elle fait graver ses élèves sur du coco, pour voir comment chacun s’adapte. « Je leur donne un motif à reproduire. chacun le fait avec sa propre façon. c’est ça que je trouve encore plus beau ». Lors de ses cours, les élèves présentent leur travail à l’oral, comme pour leur futur diplôme. « Je vois des jeunes en train d’essayer de comprendre les choses, de les voir s’exprimer après, je trouve ça beau. »
Depuis son arrivée, Temehara avoue assez mal dormir… la tête pleine des cours du lendemain. « J’ai hâte de voir la suite avec eux. » Elle rêve de voir un jour leur travail dans un musée ou en France. « Le peuple polynésien a tellement de choses à montrer au monde. »
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