Te Fare Anoihi a fait entendre sa voix au Ta’urua Hīmene

En détail

Le vendredi 23 octobre, le Te Fare Anoihi a fait ses grands débuts au Ta’urua Hīmene, le concours de chants traditionnels polynésiens organisé par Te Fare Tauhiti Nui – la Maison de la Culture. Pour l’occasion, le groupe Tamari’i ’Ōra’e, formé d’élèves et de membres des équipes du Centre, a interprété sur la scène du Grand Théâtre deux chants abordant le thème de l’artisan. L’un de ces chants a été conçu pour devenir l’hymne du Centre.

Loin des habituels coups de maillet ou du bruit des machines de gravure, Te Fare Anoihi a résonné pendant plusieurs semaines, à la pause de midi dans les jardins, au rythme des hīmene. Depuis la rentrée de septembre, les élèves comme les équipes éducative et administrative se sont retrouvés pour chanter au sein du tout premier groupe de chant du Centre, appelé Tamari’i ’Ōra’e, en référence au nom de la terre sur laquelle il est bâti.

Ce projet est parti de la volonté du Centre de promouvoir les hīmene au sein de l’établissement. « La direction a émis le souhait d’instaurer des cours de chant traditionnel polynésien, car ces chants font partie du patrimoine culturel polynésien ; il nous semblait important que nos élèves puissent aussi toucher à ces facettes de notre patrimoine », expliquait Amtsi Temanu, professeur de reo mā’ohi, également chargé des cours d’histoire et de civilisation polynésiennes.

Des volontaires et une compositrice primée

Pour assurer un cours hebdomadaire de deux heures, Te Fare Anoihi a fait appel à Dayna Tavaearii. Grande dame du hīmene en Polynésie, elle a remporté le Grand Prix Tumu Ra’i Fenua et le prix du meilleur compositeur au Heiva i Tahiti 2026.

« Quand elle est arrivée en août, elle nous a proposé d’aller plus loin que les cours et d’emmener le Centre au concours avec un groupe de chant », rappelait Amtsi Temanu.

© TNTV

Un groupe s’est alors constitué sur la base du volontariat. « Il y a eu un vrai engouement, je ne m’y attendais pas franchement, car aujourd’hui, le chant traditionnel a du mal à trouver son public », confiait Amtsi Temanu. La plupart des membres du groupe découvraient le chant traditionnel. Parmi eux, certains n’avaient jamais chanté de tārava. « Il y en a qui répètent même hors cours, qui trouvent des créneaux à la pause de midi ou quand ils n’ont pas cours. Franchement, ça fait chaud au cœur », ajoutait-il pendant la préparation du concours.

Fort de cette dynamique, Te Fare Anoihi a dû obtenir l’accord des organisateurs du concours pour dépasser le nombre de participants, limité à quinze par le règlement.

L’artisan à l’honneur

Pour cette première participation, la direction a demandé à Amtsi Temanu de rédiger les textes des deux chants, composés par Dayna Tavaearii. Quant au thème, l’enseignant a choisi un marqueur fort du Te Fare Anoihi : l’artisan.

« J’ai trouvé logique que l’on travaille sur le thème des artisans, car c’est ce que l’on fait ici. En effet, sans artisan, on n’a pas de pirogue, sans artisan, on n’a pas de maison, sans artisan, il n’y a pas d’attributs pour le chef. C’est un moyen de promouvoir ce qu’on fait au Fare Anoihi », expliquait l’enseignant, pour qui « l’artisan est la pierre fondatrice de la société polynésienne ».

Un hymne pour le Centre

Ce thème a nourri deux chants. Le premier était un tārava Tahiti. Le second était un hīmene otorau, un medley associant un hīmene rū’au, assez lent, et un ’ūtē, assez rapide. Allier ces deux rythmes a représenté un défi, pour le groupe comme pour l’intervenante.

C’est d’ailleurs ce second chant qui a été pensé pour devenir l’hymne du Fare Anoihi. Il présente ’Ōra’e, la terre du Centre, ses légendes et les activités qui s’y déploient : une terre aux mille échos, ceux des ateliers. « Avec tout ça en tête, j’ai essayé […] d’avoir un chant qui puisse devenir notre hymne », précisait Amtsi Temanu.

Une première participation récompensée

Cette première montée sur scène a été couronnée de succès : le groupe Tamari’i ’Ōra’e a remporté le 3ᵉ prix en tārava Tahiti, tandis que le prix du meilleur auteur a été décerné à Monsieur Amtsi Temanu. Ces deux distinctions sont venues saluer l’engagement collectif des élèves et des équipes, le travail musical mené avec Dayna Tavaearii ainsi que la qualité des textes consacrés à l’artisan et à la terre du Centre. Elles constituent une belle reconnaissance pour cette première aventure et un encouragement à poursuivre la transmission des hīmene au sein de l’établissement.

Pour le Centre, ce concours a marqué le début d’une nouvelle partition. Cette première expérience a ouvert des perspectives : à terme, le chant traditionnel, proposé sous forme d’interventions, pourrait devenir un enseignement à part entière et entrer dans les programmes des formations du Centre.

Le 23 octobre, les répétitions à la pause de midi dans les jardins ont laissé place à la scène du Grand Théâtre. Ce jour-là, le Centre a fait entendre, par la voix de ses élèves et de ses équipes, les savoir-faire et le patrimoine qu’il s’attache à transmettre.

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