Hivinau Rativeau : de la gravure à la transmission

En détail

À seulement 22 ans, Hivinau Rativeau achève actuellement un master en Illustration et édition en Belgique, après plusieurs années d’études consacrées aux arts appliqués, à la typographie et à la gravure. De retour temporairement en Polynésie française dans le cadre d’un stage au Centre des métiers d’art, elle partage avec générosité son parcours, sa vision de la création et ses ambitions futures.

Du dessin aux métiers d’art

Depuis son plus jeune âge, Hivinau entretient une relation privilégiée avec le dessin. Une passion née au contact de son père, instituteur et peintre amateur, qui l’initie très tôt à l’expression graphique.

« J’ai toujours aimé dessiner. À la fin du collège, je me suis dit que je voulais dessiner toute ma vie. »

Naturellement, elle s’oriente vers un baccalauréat STD2A (Sciences et Technologies du Design et des Arts Appliqués) au lycée Samuel Ra’apoto. Cette formation lui permet de découvrir de nouveaux champs de création : design, arts textiles, architecture d’intérieur ou encore conception graphique.

Au-delà du dessin, elle y développe une compréhension plus globale des formes, des matériaux et des processus de création.

Une passion pour les lettres et l’image

Après l’obtention de son baccalauréat, Hivinau poursuit ses études dans le domaine du design. À cette époque, le DNMADe n’existe pas encore en Polynésie française et elle choisit de partir à Lille pour intégrer une formation spécialisée.

Un départ marquant mais fondateur.

« Au départ, c’était difficile de quitter mon pays, mais aujourd’hui je ne regrette rien. J’ai énormément appris. »

Elle se spécialise alors en typographie, un univers qui la fascine immédiatement.

« J’ai toujours été attirée par la forme des lettres. Derrière chaque caractère se cache une histoire, une intention, une esthétique. »

Cette découverte nourrit progressivement sa réflexion artistique et l’amène à explorer les liens entre texte, image et narration.

La gravure comme langage

La suite de son parcours la conduit en Belgique, pays reconnu pour ses traditions dans les domaines de l’illustration, de l’édition et de la bande dessinée.

Elle y intègre un master en Illustration et édition avec une spécialisation en gravure et médiation culturelle.

Au fil des années, la gravure devient le cœur de sa pratique.

Travaillant principalement sur des plaques de cuivre ou de zinc, elle explore différentes techniques d’impression, notamment l’eau-forte, qui consiste à graver une plaque avant d’utiliser l’acide pour révéler les motifs destinés à l’impression.

Cette discipline lui permet de conjuguer précision technique, recherche graphique et expérimentation. Pour autant, Hivinau se définit davantage comme une technicienne que comme une artiste.

« Je ne me considère pas comme une artiste. Je suis une technicienne. »

Une affirmation qui traduit son attachement au geste, à la maîtrise des procédés et à la compréhension profonde des matériaux.

Un retour au Centre des métiers d’art

Avant de finaliser son cursus universitaire, Hivinau effectue actuellement un stage au Centre des métiers d’art de Polynésie française.

Ce retour au sein de l’établissement revêt une dimension toute particulière puisqu’il s’inscrit également dans le cadre de son mémoire de recherche consacré aux phénomènes d’acculturation liés aux pratiques religieuses.

Elle s’intéresse notamment à la manière dont les influences religieuses et culturelles façonnent les expressions artistiques contemporaines en Polynésie.

Au cours de son stage, elle participe activement à la vie pédagogique du Centre en accompagnant les élèves dans différents ateliers.

Elle anime notamment des initiations à la reliure, à l’impression et aux techniques graphiques, tout en encourageant les étudiants à croiser les disciplines.

« Une pièce de bois peut devenir un outil de gravure. Une pierre peut devenir un support d’impression. Ce qui m’intéresse, c’est de montrer que les matériaux qui nous entourent peuvent ouvrir de nouvelles possibilités de création. »

L’art comme outil de partage

Le travail d’Hivinau est traversé par une réflexion constante sur l’accessibilité de la culture.

À rebours d’une vision marchande de l’art, elle privilégie des projets destinés à circuler librement auprès du public.

Cette démarche s’est notamment concrétisée lors d’un projet de master autour d’un journal illustré réalisé artisanalement en gravure et en sérigraphie.

Présenté sous la forme d’un faux journal communal distribué gratuitement dans l’espace public, ce projet abordait des sujets tels que la manipulation de l’information, les mécanismes d’accusation collective, le capitalisme ou encore la condition des femmes.

Pour Hivinau, l’art doit avant tout susciter la réflexion, favoriser le dialogue et rester accessible au plus grand nombre.

Transmettre à son tour

Aujourd’hui, son parcours se poursuit avec une nouvelle ambition : celle de la recherche et de l’enseignement.

Elle envisage de poursuivre ses études en doctorat dans le domaine de la médiation culturelle avec l’objectif de contribuer à une meilleure accessibilité des savoirs et des pratiques artistiques.

« J’aimerais devenir enseignante pour transmettre, mais aussi pour continuer à apprendre des autres. »

À travers son parcours, Hivinau Rativeau illustre parfaitement l’ouverture qu’offrent aujourd’hui les formations artistiques : une trajectoire qui relie la Polynésie au monde, tout en conservant un lien fort avec les enjeux de transmission, de création et de partage qui fondent l’identité du Centre des métiers d’art.

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