Quand les métiers d’art se mettent au service de la mémoire

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Le CMA partenaire du projet Pū Mahara

À l’occasion de la commémoration du 60ᵉ anniversaire du premier tir nucléaire en Polynésie française (
1966-2026 | Aldebaran – Moruroa | Ono ‘ahuru matahiti), le Centre des Métiers d’Art (CMA) s’est associé à la Délégation Polynésienne pour le suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN) pour participer à la création artistique du futur centre de mémoire Pū Mahara.

Bien plus qu’une commande artistique, ce partenariat a constitué un véritable projet pédagogique. Pendant plusieurs mois, les élèves et étudiants du CMA ont été associés à une démarche de création autour des notions de mémoire, de soin (rā’au) de transmission et de patrimoine, sous la direction artistique de l’artiste Alexander LEE.

Cette collaboration a donné naissance à deux réalisations majeures : quatre sculptures monumentales en ‘aito réalisées par les élèves de BPMA Sculpture et une fresque monumentale de 73 mètres conçue et réalisée par les étudiants de première année DNMADE.

Des troncs de Moruroa transformés en œuvres de mémoire

Le premier volet du projet a mobilisé Tahurai IPOTUA et Tuavai TEINAORE, élèves de première année du Brevet polynésien des métiers d’art, option Sculpture.

Tahurai IPUTOA, élève en première année de BPMA sculpture.
Tuavai TEINAORE, élève en première année de BPMA sculpture

À partir de quatre troncs de ‘aito certifiés provenant de Moruroa, les élèves ont entrepris un important travail de recherche, de dessin puis de sculpture afin de transformer cette matière hautement symbolique en œuvres destinées à accompagner le parcours mémoriel du futur Pū Mahara.

Sous l’encadrement de leur enseignante Hihirau VAITOARE et avec l’accompagnement artistique d’Alexander LEE, ils ont réalisé quatre créations inspirées du patrimoine polynésien :

  • un To’o, dont le tressage a été réalisé par Kahara PALMER, ancienne élève du Centre ;
  • un ‘Ūmete ;
  • un Tutua, emblématique des savoir-faire liés à la fabrication du tapa ;
  • un ensemble d’instruments traditionnels, évoquant la transmission des savoirs.
To’o réalisé en ‘aito

Au-delà de la maîtrise technique de la sculpture sur bois, ce travail a amené les élèves à réfléchir au sens même de la création artistique lorsqu’elle dialogue avec l’histoire.

L’une des dimensions les plus fortes de ce projet réside dans la rencontre entre les étudiants et plusieurs détentrices de savoirs traditionnels. Tutana TETUANUI, tahu’a tapa, et Turia CLARK, tahu’a rā’au, ont accompagné les élèves dans leur réflexion et participé à l’activation symbolique du ‘ūmete et du tutua, donnant ainsi une profondeur culturelle supplémentaire aux œuvres réalisées.

Turia CLARK, tahua rā’au

Une première commande institutionnelle pour les étudiants du DNMADE

Le second volet du partenariat concernait la réalisation de la fresque monumentale qui borde aujourd’hui le mur d’enceinte de Pū Mahara.

Longue de 73 mètres, cette œuvre a été imaginée et réalisée par Dhylan FREBAULTRahiti HAPATAHAA-CONROYet Michèle-Ange YERSIN, étudiants de première année du Diplôme national des métiers d’art et du design (DNMADE).

Fresque réalisée par les étudiants DNMADE

Cette fresque constitue leur première commande institutionnelle.

Accompagnés par leurs enseignants Laure JAMBEL, Hihirau VAITOARE, Amtsi TEMANU et Tokainiua DEVATINE, ainsi que par Alexander LEE, les étudiants ont suivi l’ensemble du processus de création : analyse du site, recherches graphiques, élaboration des motifs, échanges avec les partenaires, préparation des supports, mise en peinture et installation sur site.

Fresque réalisée par les étudiants DNMADE

Cette expérience leur a permis de découvrir les exigences concrètes d’un projet porté par une institution publique : répondre à une commande, respecter un calendrier, travailler en équipe et produire une œuvre destinée à un espace public à forte portée symbolique.

À travers cette réalisation, les étudiants ont démontré que le design peut pleinement contribuer à raconter un territoire, accompagner un lieu de mémoire et créer un dialogue entre patrimoine et création contemporaine.

Former par le projet

Le partenariat entre le CMA et la DSCEN illustre pleinement la vocation de l’établissement : former de futurs professionnels en les confrontant à des projets réels, au contact d’artistes, d’experts et de partenaires institutionnels.

Au-delà des œuvres elles-mêmes, cette aventure humaine aura permis aux élèves et étudiants de vivre une expérience professionnalisante unique, depuis les premières esquisses jusqu’à la présentation publique de leurs réalisations lors de la table ronde « Te rā’au ora : projet de créations artistiques en partenariat avec le CMA », organisée pendant les journées d’inauguration de Pū Mahara.

De gauche à droite : Rahiti CONROY-HAPAITAHAA, Dhylan FREBAULT et Tahurai IPUTOA

Le Centre des Métiers d’Art remercie chaleureusement la DSCEN pour sa confiance, Alexander LEE pour son engagement et son accompagnement artistique, l’ensemble de l’équipe pédagogique mobilisée, ainsi que tous les anciens élèves venus spontanément prêter main-forte dans les derniers jours de production.

À travers ce partenariat, le CMA réaffirme sa volonté de mettre les métiers d’art au service des grands projets culturels du Pays, en faisant de la création un vecteur de transmission, de mémoire et d’engagement.

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